Un grand déballage de promesses et de rustines

Les scénettes s'enchaînent et se ressemblent.

 

C'est le jeu du chat et de la souris, avec comme acteurs, des gilets jaunes munis de leur portable pour filmer d'éventuels manquements de la part des CRS qui viendraient à faire un emploi abusif de leur "flash-ball", et comme détracteurs, des CRS équipés de caméras pour saisir en instantané les images de casseurs venus en découdre qui s'acharneraient sur nos forces de l'ordre, le mobilier urbain, les banques et les boutiques de luxe.

 

De l'acte I, un 17 novembre 2018 à l'acte ... à l'infini, y-aura-t-il un entracte ?

 

Cette dénomination n'est pourtant pas celle d'une comédie de boulevard, mais plutôt celle d'une tragédie "de pavés sur boulevard" où plus personne ne s'écoute et où les boules de pétanque sont devenues pour les excités des manifestants une forme violente de réponses à la surdité entretenue d'une élite au-dessus de tout dont le langage technocratique n'est pas celui du R.I.C mais plutôt celui du FRIC.

 

Comment en sommes-nous arrivés là ?

 

Que d'actes manqués de la part d'un jeune Président !

 

La promesse d'un nouveau Monde durant sa campagne électorale qui s'éloignerait définitivement des scandales politico-financiers, des magouilles en tout genre et qui réenchanterait la vie quotidienne des Français (sans plus de précision) n'a pas été tenue.

 

Pire, ce nouveau Monde a mis en place diverses mesures laissant pour compte des pans entiers de la population. Sous prétexte d'économies, certaines catégories de la population ont été pointées du doigt : les chômeurs, les fonctionnaires, les retraités.

 

Comble du comble, Emmanuel Macron s'est mis à parler sans filtre, faisant preuve d'un certain cynisme et d'un mépris vis-à-vis du peuple dans ses propos et formules à l'emporte-pièce (des gaulois réfractaires aux chômeurs qui n'ont qu'à traverser la rue pour trouver un emploi).

 

Comme l'a souvent exprimé un grand nombre de Gilets Jaunes, la goutte d'eau qui a fait déborder le vase fut l'augmentation de la taxe sur les carburants. C'était le trop-plein !

 

Comme des étudiants ayant raté les épreuves des premières partielles, une séance de rattrapage est proposée avec l'aide d'un matraquage médiatique : le Grand Débat National.

 

Ce grand débat ressemble beaucoup plus à un grand déballage ou plutôt à une sorte de marchandage.

Les enchères ont démarré : "Qui dit mieux !"

 

Après les cahiers de doléance des habitants dans les Mairies dont on ne sait toujours pas ce qu'il en ressort, nous assistons à l'heure des Journaux Télévisés, à une synthèse "très étriquée" de quelques interventions de participants (certaines parfois mises en scène), mais surtout, force est de constater la place importante accordée aux réponses "du tac au tac" d'Emmanuel Macron aux questions posées.

 

Parfois invité, parfois surgissant par surprise, parfois faisant "une arrivée préparée", tout cela ressemble à un one-man-show mettant en avant les dons d'orateur du Président Macron, sa capacité d'endurance (les journalistes en toute neutralité insistant bien sur la durée de la performance), son goût pour un dialogue "ping pong" mettant à terre par son sens de la répartie celui qui l'interpelle.

 

De son côté, le Premier Ministre Edouard Philippe, sur le terrain, se transforme en imitateur, mais moins bon que son Maître en la matière, n'hésitant pas pour calmer les Gilets Jaunes, à faire des jeux de mots qui ne font sourire que lui : "le R.I.C, ça m'irrise".

 

Il est vrai qu'amuser le peuple est une pratique ne datant pas d'aujourd'hui et savamment utilisée depuis toujours par les politiques.

 

Pourtant, si réellement, les initiateurs du Grand Débat National avaient voulu qu'il ait une utilité sociale, il aurait fallu préalablement définir les objectifs poursuivis : par exemple, construire ensemble une société plus solidaire et équitable entre générations.

 

Or, cela n'est pas le cas. Pour l'instant, nous sommes surtout effarés de voir un Président cherchant avant tout à convaincre ses interlocuteur "d'un soir" du bien-fondé de son action politique, de l'impossibilité de répondre positivement ou dans l'immédiat aux réclamations de chacun, compte-tenu de contraintes budgétaires ou de toutes autres excuses.

Parfois, pour faire plaisir à certains d'entre eux, il s'improvise en bon génie en exauçant une partie de leurs voeux. Mais ce n'est pas en se contentant de mettre de simples rustines sur les fractures de la société que l'on va résoudre cette crise profonde des Gilets Jaunes.

 

Pendant ce temps, les Gilets Jaunes "les plus gaulois réfractaires d'entre eux" occupent toujours les ronds-points de nos villes et villages.

En investissant ces ronds-points, ceux-ci ont, sans en avoir conscience au départ, cherché à combler un manque, cette absence de points d'ancrage dans une société où beaucoup d'entre eux se sentaient des oubliés des pouvoirs publics : retraités, chômeurs, mères seules avec enfants... rassemblés et débattant sur une agora des temps modernes.

 

À l'époque des nos grands-parents, les bars et épiceries étaient des lieux où les habitants des villages se rencontraient, parlaient de la pluie et du beau temps, des péripéties de leurs voisins ou des communes voisines, "refaisaient le monde".

 

Dans cette tempête, un souffle nouveau s'est fait entendre, le murmure d'une citoynneté en devenir, un vent a agité nos institutions, une partie de la population en quête d'une démocratie renouvelée plus participative et moderne.

 

Certes, cela occasionne quelques tensions entre Gilets jaunes : certains de leurs porte-paroles sont accusés de tourner leurs vestes ou plutôt leurs gilets en se présentant aux élections européennes ou en constituant des listes en vue des futures élections municipales.

 

Mais qui aurait pu imaginer cela 2 ans auparavant ? On observait plutôt à l'époque des Français résignés à l'offre politique ou démobilisés.

 

Débattre est important, mais la concertation ne se fait pas sans adhésion du plus grand nombre. L'idée d'un référundum à questions multiples sans préciser ce que l'on cherche à obtenir, c'est comme naviguer sur des eaux sans destination précise.

Les attentes d'une grande majorité de Français se résument en un projet de société responsable, solidaire, équitable qui ne divise pas les générations ou les corps de profession entre eux.

 

Il est du devoir du Président de répondre à ces attentes et de ne pas s'improviser Chef d'orchestre ou VRP en profitant de la circonstance d'un Grand Débat National pour anticiper la campagne électorale des européennes.

 

Il s'agit de revenir à des valeurs oubliées, celles qui unissent un peuple, celles qui ont fait la grandeur de la France.

 

M. Le Président, soyez digne de vos fonctions, faîtes plus attention à vos électeurs et non-électeurs pour éviter que chacun voit midi à sa porte et réinventez d'urgence des liens de sociabilité.

Telle est désormais votre feuille de route si vous ne voulez pas connaître la déroute.

 

Jo-Rémi FAYE (06-02-2019)

 

Auteur de "L'autre voie citoyenne, équitable et solidaire" paru en avril 2018 chez l'Harmattan)